Le syndrôme du plus vite et plus court

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Source : François Kermoal

En discutant avec des collègues de mon réseau dans le domaine des médias ainsi qu’avec des membres de la Société québécoise de rédaction professionnelle, j’ai constaté deux phénomènes qui influencent de plus en plus notre pratique: 1) des exigences de plus en plus irréalistes, 2) la croyance enracinée que les gens ne veulent plus lire et qu’il faut faire toujours plus court.

Composer avec des exigences galopantes

Avec des collègues de la profession, nous avons discuté des attentes de plus en plus irréalistes de certains clients. Ce défi semble s’accentuer pour plusieurs d’entre nous. Délais de plus en plus courts, exigences de qualité plus grandes, incompréhensions face au travail à accomplir pour arriver aux résultats souhaités: tout cela même souvent à l’essoufflement de certains consultants désireux de donner pleine satisfaction à leurs clients gourmands. Comment trouver et conserver l’équilibre dans ce contexte ? Mieux informer des étapes nécessaires pour l’atteinte des objectifs est l’une des réponses… mais la tendance semble lourde et difficile à contenir.

L’erreur de toujours vouloir faire court

Dans un article, François Kermoal explique très bien le phénomène. « Faites courts, hein, sinon, les gens vont décrocher ! ». C’est le genre de lubie qu’on entend dix fois par jour. Pour trouver grâce auprès de son audience, un article, une vidéo, une conférence, un discours… devraient impérativement être « courts ». Enfin, c’est ce qui se dit en boucle. Faux, archi faux !

D’abord, que signifie court ? Un jingle sonore qui fait plus de 30 secondes, c’est long… Mais un film au cinéma ? La durée d’une œuvre est donc clairement dépendante de sa nature.

Ensuite, on peut s’ennuyer grave même quand c’est court. Il suffit de regarder certains écrans publicitaires, voir certains articles. En moyenne, un spot, c’est 30 secondes, mais que c’est long parfois!

La question, vous l’avez deviné, n’est donc pas de faire court mais… intéressant. Sinon, comment expliquer le succès de la saga Harry Potter, qui doit compter quelques milliers de pages. Un vrai succès auprès des jeunes, les pires ennemis, aux dires de nos spécialistes, des formats longs. Et quid de ces séries Netflix qui s’étalent sur plusieurs saisons ? Impossible de décrocher.

De fait, quand on interroge lecteurs ou téléspectateurs, rares sont ceux qui abordent ce sujet de la durée, sauf quand ce n’est pas intéressant. C’est même tout le contraire, car quand vous êtes passionné par un sujet, une série, ce n’est jamais assez long. Inutile de vous faire un dessin: mieux vaut passer 2 heures en charmante compagnie que 20 minutes avec un(e) abruti(e) qui n’a rien à vous dire. Alors, de grâce, arrêtez de dire qu’il faut faire court.  » François Kermoal

La morale de l’histoire

Ce que je retiens de ces réflexions est que c’est quand on veut aller vite et court, qu’il faut parfois savoir ralentir et écouter. À l’ère ultra-rapide des médias électroniques, le facteur humain a une place à ne pas négliger. Les rapports interpersonnels sont d’autant plus signifiants et précieux. De plus, il y aura toujours de la place pour les sujets pertinents traités de manière intéressante. Il s’agit de mettre à profit nos talents.